jeudi 14 décembre 2017

François Cornut-Gentille : "La défense est aujourd’hui sans vision par défaut de projet politique"

Député (LR) de Haute-Marne depuis 1993, François Cornut-Gentille affiche une expertise reconnue des questions de défense et de la réforme de l'Etat. Il donne dans cet entretien sa vision de la politique de défense, à l'heure où le budget 2018 de la France va être adopté.

@Assemblée nationale
Crédits de la défense, 34,2 milliards. Ce budget vous satisfait-il ?
Il est indéniable qu’un réel effort budgétaire est réalisé pour 2018 dans un contexte extrêmement contraint. Je constate aussi un effort de sincérité budgétaire avec une meilleure prise en compte des opérations extérieures (OPEX) ainsi qu’une prise en compte des tensions sociales avec le plan famille.
Mais s’en tenir à ces réalités positives aboutirait cependant à une vision extrêmement déformée de la situation. De nombreux sujets de préoccupation demeurent : après la suppression de 850 millions d’euros cet été, de nouvelles amputations sur les équipements ou un report de charges trop élevé auraient pour effet d’abaisser le point de départ du budget 2018.
En outre, l’effort pour rendre le budget sincère sur les OPEX réduira d’autant l’ampleur de l’effort budgétaire annoncé en faveur des armées. Enfin, plus insidieusement, l’article 14 du projet de loi de programmation des finances publiques gèle le reste à payer pour les années à venir au montant de 2017 : environ 100 milliards pour l’État, dont 50 milliards pour le ministère des armées et 35 milliards pour le seul programme 146, les équipements. Dans ces conditions, la modernisation des équipements militaires au cœur de la prochaine LPM (Loi de programmation militaire) risque d’être sérieusement mise à mal car leur logique pluriannuelle est incompatible avec le couperet de l’article 14. Ces questions sont d’autant plus cruciales que l’état actuel de nos équipements peut remettre en cause les ambitions militaires de la France.

La démission du général de Villiers a-t-elle fait prendre conscience des enjeux financiers ?
La spectaculaire démission du général de Villiers autour des emblématiques 2 % (comprendre porter le budget de la défense à hauteur de 2 % du PIB) a eu pour principal effet de placer la question budgétaire sous les feux de l’actualité. Les militaires et les observateurs des questions de défense se montrent désormais beaucoup plus attentifs sur des sujets complexes comme la prise en charge des surcoûts des opérations extérieures, la fin de gestion…
Pourtant cette vigilance renforcée des acteurs de la défense, les interrogations sur la soutenabilité du budget de la défense sont encore aujourd’hui sans réelle réponse. Au-delà des slogans et des discours, la mécanique budgétaire demeure opaque et complexe. C’est un terrain fertile pour les coups de Jarnac.

Vouloir protéger, est-ce, pour un pays, un projet fédérateur ?
Certes les armées sont là pour nous protéger, au même titre que les autres forces de sécurité. Mais cela ne fait pas une stratégie de défense. La ligne Maginot était une politique défensive qui a mobilisé tous les crédits budgétaires de l’époque au détriment du reste. Or, sur le plan stratégique, il aurait fallu réfléchir au reste.
Quelle est la stratégie de la France en matière militaire ? Est-ce, comme les Allemands, promouvoir les productions de l’industrie de défense ? Si oui, que fait-on de la dissuasion ? Est-ce, comme pour le général De Gaulle, donner au Président de la République la crédibilité nécessaire pour défendre une voix originale dans le monde ? Si oui, que nous apporte notre participation à l’OTAN ? Au-delà de la lutte contre le terrorisme, avons-nous quelque chose à dire aux Africains ?
Poser ces questions ne doit pas être l’affaire de quelques-uns mais un débat ouvert. Je crois que le Parlement est l’instance qui s’y prête le mieux. Ce travail est indispensable ; car de la stratégie ou vision choisie doivent découler l’organisation de défense, le format des forces, les équipements dont nous avons besoin. Aujourd’hui, au nom de la protection, on entretient l’existant en saupoudrant les moyens dans les forces sans véritable projet.

Il faudrait donc une vision moins diplomatique et plus politique ?
C’est plus grave : la défense est aujourd’hui sans vision par défaut de projet politique. Ce n’est pas la faute des militaires. Et ce n’est pas propre à la défense. L’Etat dans son ensemble est incapable de redéfinir sa finalité. Enseignants, policiers, préfets, ambassadeurs, agents de l’Etat, tous demandent une définition précise de leur rôle et de leur mission dans une société devenue complexe où plusieurs légitimités sont à l’œuvre.
L’Etat d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier et croire que l’on pourra revenir en arrière est une erreur. La défense triomphante sous De Gaulle était portée par une stratégie. Il nous incombe de cerner les enjeux du monde d’aujourd’hui et de repréciser l’ambition de la France !

Y-a-t-il débat ?
Aujourd’hui clairement non. On fait comme si tout fonctionnait ou ne nécessitait quelques simples adaptations. Or, les Français constatent bien le progrès de l’impuissance publique.
Mais avant de donner une vision, encore faut-il être d’accord sur le diagnostic. C’est au Parlement d’évaluer les politiques publiques, de dire ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Ce diagnostic doit contraindre les responsables d’agir, de proposer des innovations nécessaires, voire de réclamer du pouvoir politique des instructions cohérentes et claires.
Ce travail de diagnostic justifie le développement des pouvoirs de contrôle et d’évaluation du Parlement. Je l’ai fait sur l’Ecole polytechnique en 2014 et sur le transport stratégique en 2017, deux sujets jusqu’alors délaissés mais problématiques. Dans les deux cas, le ministère de la défense a bougé. Preuve que Parlement et exécutif peuvent opérer de façon complémentaire et intelligente.

Ce rapport sur le « transport stratégique » a permis de « lever certains lièvres. » Y-a-t-il des suites ?
La ministre des armées s’est pleinement saisie du sujet cet automne. Des enquêtes internes et judiciaires sont en cours. Il ne m’appartient pas de les commenter. Je me dois simplement de veiller que les dysfonctionnements constatés ne se reproduisent plus et que la dépendance française en matière de transport stratégique soit enfin une préoccupation centrale. On peut vouloir être la première armée européenne mais si cette armée dépend d’Etats étrangers pour sa mobilité, je doute de son rang réel.

mercredi 13 décembre 2017

Le budget adopté définitivement vendredi

Ce projet de loi de finances a attribué à la Défense un budget (crédits de paiement) de 34,2 milliards d’euros pour 2018. S'il est en augmentation par rapport à l’exercice 2017 (+1,8 milliard), les crédits ponctionnés pour régler les engagements passés venant à échéance sont de 16,9 milliards. Le seul équipement des forces représentant 9,07 milliards.
Dans ce vertige de chiffres, il est intéressant de savoir que le volume des autorisations d'engagement non couvertes (reste à payer) par des crédits de paiement au 31 décembre 2016, représentait 50,4 milliards d'euros. 

lundi 11 décembre 2017

Que disait la Gazette de Théophraste Renaudot, le 11 décembre 1717 ?

L'auteur de l'article se trouve à Belgrade, quelques semaines après que la ville ait été conquise par Eugène de Savoie, commandant en chef de l'armée autrichienne alors que la troisième guerre austro-turque dure depuis un an. Elle prendra fin en 1718.
Archives ministère des affaires étrangères

samedi 9 décembre 2017

Catherine Sarlandie de La Robertie

La nouvelle préfète l'Aveyron, nommée cette semaine en conseil des ministres, est colonel de réserve. Catherine Sarlandie de la Robertie affiche un parcours des plus brillants. Rectrice de l'académie de Caen de 2010 à 2012, enseignante détachée à l'école spéciale militaire de Saint-Cyr, conseiller de défense auprès du préfet de la région de Bretagne, cette spécialiste de l'intelligence économique et stratégique est également polyglotte (anglais, chinois, russe, allemand et japonais).  

vendredi 1 décembre 2017

André Genet parrain de la dernière promotion du SSA

La promotion 2016  de l’école de santé des armées (SSA, Lyon), soit 100 aspirants médecins et 4 aspirants pharmaciens, portera le nom d’André Genet. Du nom d’un médecin, Compagnon de la Libération (1943), qui a rejoint les Forces Françaises libres en 1940  après avoir participé à l’expédition de Norvège (printemps 40). Ce fils d’ophtalmologiste est alors affecté à la 13ème Demi-brigade de Légion étrangère. Blessé au bras lors de la sortie de vive force de Bir-Hakeim (10-11 juin 1942), le capitaine Genet participera ensuite aux campagnes de Tunisie, d’Italie, de France. Grièvement blessé en Alsace, le 23 janvier 1945, il décèdera dix jours plus tard.

lundi 27 novembre 2017

Prise d'armes du président de la République aux Invalides

Il y en a deux. La première avant le 14 juillet, la seconde à la fin de l'année. Cet après-midi dans la cour d'honneur des Invalides (Paris), Emmanuel Macron a décoré douze militaires. Légion d'honneur, ordre national du mérite ou médaille militaire. Parmi eux, l'amiral Coldefy (2s) a été fait grand'croix de l'ordre national du Mérite.
Emmanuel Maron suivi de Florence Parly, ministre des armées et Genevière Darrieusecq, secrétaire d'Etat (@HW)


Les récipiendaires

dimanche 26 novembre 2017

Le drapeau du 11ème REI

Le drapeau du 11ème Régiment étranger d’infanterie sera-t-il remis au Groupement de recrutement de la Légion étrangère, le 30 avril prochain lors de Camerone 2018 ? Tout au moins le nouveau drapeau, en cours de fabrication.
Le chef d’état-major de l’armée de terre (CEMAT), par décision du 10 mars dernier a, en effet, confié sa garde au GRLE (Fort de Nogent, 94).
Le 11ème REI a eu une existence extrêmement brève. Créé dans l’urgence en  novembre 1939, il est intégré, au mois d’avril suivant, à la 6ème division d’infanterie nord-africaine (DINA) où il est chargé d’interdire l’avance allemande.
Le 18 juin, le PC du chef de bataillon Clément, son troisième et dernier chef de corps, est installé dans le bureau de poste de Saint-Germain-sur-Meuse (Meuse). L’encerclement est imminent. Il est 20h30. Le régiment a ordre de tenir la position jusqu’à 22h. Afin d’éviter que le drapeau ne tombe dans les mains des Allemands, le commandant prend la décision de le brûler. Ce qu’il fait avec un légionnaire, en présence de neuf officiers et sous-officiers. Mais la cravate tricolore est, elle, confiée à un lieutenant qui doit la porter au général de Verdilhac (6ème DINA) pour le prévenir du sacrifice du régiment. Finalement, celle-ci est enterrée (avec le fanion, semble-t-il) au pied de l’église de Crézilles (Meurthe-et-Moselle). Elle sera récupérée par une infirmière en 1941 qui lui fera passer la ligne de démarcation et la rendra à la Légion.